Loukoummania

Il est temps de trouver un sous-titre les copains

20 mai 2009

professeur des écoles, débutant

illus_principale_mini


Le travail dans tous ses états

Les jeunes professeurs au coeur du malaise

L’enquête. Lancés dans le grand bain en septembre dernier, les professeurs des écoles débutants ont découvert, ces huit derniers mois, le fossé qui sépare le métier rêvé de la réalité.

Bien sûr, Amélie se souvient de cette première journée. Du stress, surtout, sitôt passé le pas de la classe. « Ce qui m’a le plus impressionné, raconte la jeune femme, c’est le regard de tous ces élèves tournés vers moi, ça m’a pétrifié. Et puis, je me suis lancé… » Sans filet. Sans drame non plus. C’était en septembre dernier. Comme plusieurs milliers de néo-enseignants, Amélie, trente-quatre ans, fraîchement sortie de l’institut universitaire de formation des maîtres (IUFM), découvrait son métier de professeur des écoles avec l’appréhension de la débutante.

Pour elle, ce fut un CE2. Vingt-quatre enfants entre huit et neuf ans, dans une école primaire de Bobigny (Seine-Saint-Denis) classée en « zone violence ». Huit mois ont passé et la fin d’année approche. La voilà assise dans la salle des profs, le visage éclairé d’une belle détermination. Bilan ? « Je ne regrette pas mon choix », dit-elle. Même si cette première année fut pour elle, comme pour de nombreux enseignants néophytes, l’occasion de découvrir ce qui se cache derrière ce fameux « malaise » des profs.

« Nerveusement, c’est épuisant »

« Il faut enseigner pour comprendre ce que l’on vit. » La phrase revient sans cesse dans la bouche des jeunes profs, souvent étonnés du fossé qui sépare le métier rêvé de la réalité des classes. « Il y a un vrai décalage entre l’image du boulot d’enseignant et ce que l’on vit au quotidien, confirme Amélie. Les gens ne se rendent pas compte du travail qu’il faut fournir. »

Car, dès les premiers jours de septembre, une évidence s’impose : à l’école, il n’y a pas que les heures de cours. Surveillance des récréations, gestion des sorties et des entrées en classe, de l’heure d’étude en fin de journée, et, désormais, des deux heures d’aide personnalisée à caser chaque semaine… Un rythme soutenu. « Que ce soit un gamin qui tombe ou une bagarre, nous sommes sur le qui-vive de 8 h 20 jusqu’à parfois 18 heures, résume Anne, vingt-sept ans, une autre prof débutante en Seine-Saint-Denis. Nerveusement, c’est épuisant. Surtout qu’on ne peut pas vraiment se reposer en rentrant chez soi. Il y a les corrections et la préparation des cours du lendemain. »

Selon les statistiques officielles, les enseignants du primaire travaillent en moyenne quarante-deux heures par semaine. Un chiffre qui va bien au-delà pour les débutants, souvent débordés lors des premiers mois d’enseignement. « De septembre à Noël, je me suis régulièrement couchée à 1 heure du matin pour finir mes préparations, confirme Anne. Je n’en pouvais plus. Je me suis finalement astreinte à deux heures de travail maximum chaque soir. Sinon, tu passes ta vie à ça, tu es comme vampirisée par ton boulot et tu ne tiens pas physiquement. »

1 280 euros net par mois

Rares sont les jeunes profs qui s’attendaient à vivre pareille pression. De l’avis général, leur année de formation professionnelle à l’IUFM ne les y prépare pas suffisamment. « L’IUFM, c’est bien pour apprendre à faire des fiches de préparation, résume Amélie. Mais, outre les "stages filés", cela ne répond pas aux questions hyperconcrètes comme la prise en main d’une classe, la pédagogie ou l’organisation de la vie dans une école. Toutes ces habitudes professionnelles, on les apprend sur le tas, on tâtonne. Moi, par exemple, je ne savais même pas qu’il fallait tenir un cahier journal ! »

Pour certains, les débuts sont un véritable saut dans le vide. Titulaire d’un master d’italien, Isabelle n’a pas décroché sa place au concours de professeur des écoles 2008. Mais elle s’est retrouvée sur la fameuse « liste complémentaire », cette réserve d’étudiants recalés, susceptibles d’être appelés à tout moment pour remplacer un professeur absent. « Pour moi, c’était en octobre. On m’a prévenu le vendredi pour le lundi suivant ! On m’a donné l’adresse de l’école, l’horaire d’arrivée et c’est tout. Je ne savais même pas quelle classe j’allais avoir ! Je me suis retrouvée comme ça, devant 25 CE2, sans aucune formation. Heureusement que les collègues étaient sympas… » La jeune femme s’est accrochée, comme beaucoup d’autres. Découvrant, agacée, les limites des manuels scolaires et les indispensables heures de recherche sur Internet, où il faut piocher des idées de « progression » de cours.

Autre mauvaise surprise, la fiche de paie de professeur des écoles : 1 280 euros net à l’échelon 1 ! Et guère plus tout au long de la carrière. « C’est quand même peu lorsque l’on sait que la plupart des professeurs des écoles ont bac+4 », souffle Isabelle. De fait, selon les syndicats, à qualification égale, le salaire moyen d’un enseignant est 30 % moins élevé que celui d’un cadre de la fonction publique. Normal : les enseignants sont, en fait, payés sur dix mois. « On nous parle toujours de nos vacances, mais ces vacances, on se les paye ! » s’agace Isabelle. Un vrai casse-tête pour les profs, notamment en région parisienne. « Avec mes 700 euros de loyer pour un petit deux-pièces à Paris, il ne me reste pas grand-chose », avoue Amélie, notre instit de Bobigny.

Attachement au métier

Et pourtant, pas un des jeunes professeurs rencontrés n’envisage de lâcher prise. Pas question de revenir aussi rapidement sur ce que beaucoup considèrent comme une passion, voire une mission. « Lorsque tu enseignes en ZEP, tu as souvent l’impression d’être le dernier rempart contre la misère culturelle et sociale », souligne Amélie. D’où un attachement particulièrement profond à leur métier. Les deux tiers des enseignants disent d’ailleurs l’exercer par « vocation » et les trois quarts n’aimeraient pas en changer. « Ce n’est pas notre métier qui pose problème, assure Anne, mais la manière dont on le traite. »

À l’évidence, les réformes de Xavier Darcos mêlées au discours gouvernemental de ces dernières années ont laissé des traces dans les écoles primaires. Anne : « On supprime des postes, on vire les réseaux d’aides, on raccourcit la semaine en densifiant la journée, on répète sans arrêt que notre système scolaire est nul… C’est comme si le gouvernement était là pour nous compliquer la tâche et nous enfoncer au lieu de nous soutenir ! » Un sondage CSA pour le SNUipp témoigne parfaitement de ce désarroi. En 2001, les enseignants débutants étaient 59 % à estimer qu’ils exerçaient un métier « plutôt dévalorisé aux yeux de la société ». Une proportion qui a bondi à 82 % en 2007…

Laurent Mouloud L'Humanité 18.05.09

Repères :

- 321 000. C’est le nombre d’enseignants en écoles primaires et maternelles.
- 1 582 euros. C’est le salaire d’un professeur des écoles après deux ans de carrière. Il gagnera 2 900 euros au bout de trente ans d’ancienneté.
- Un quart des professeurs des écoles sont titulaires d’une maîtrise et 15 % ont fait cinq années d’études après le bac.

135

Posté par lOu jO à 20:42 - News - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Courage !

Posté par Lise, 01 juin 2009 à 23:57

Courage djooo.
Venant d'une famille ou les femmes sont toutes des professeurs, je comprends vraiment.

La situation n'est pas meilleure icitte malheureusement :s
Ma meilleure amie s'en va en enseignement et c'est pas toujours joyeux.
En tout cas, super article. Je vous appuie à 100%et j'admire beaucoup ceux qui choisissent de devenir prof.

bizous bizous djoooooo et cyan et tout le monde.
(même si je passe pas souvent et que je suis jamais là je m'ennuie de vous)
(c'est pas mon meilleur commentaiiiiire mais il est passé minuit ^^')

Posté par Violin89, 22 juin 2009 à 06:22

Merci !

Merci de passer encore par ici de temps en temps les filles.
Biz à vous.

Posté par lOu jO, 28 juin 2009 à 16:59

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=132631&pid=13800977

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :