Loukoummania

Il est temps de trouver un sous-titre les copains

29 juillet 2008

nouvelles vertes

9782844203779


Voilà le livre que je viens de finir. A lire par ceux qui sont déjà convaincus qu'il y a un problème :)

Ces neuf nouvelles parviennent à faire le tour de la question de l’écologie dans le sens le plus général du terme. Tous les dangers qui menacent notre planète sont abordés : pollution nucléaire (Césium 137, Bas les masques), disparition des espèces (Chasse aux gorilles), réchauffement climatique (Je suis la vigie et je crie) et ses conséquences de sécheresse (Délivrance) ou de risques d’inondation (Après moi, le déluge), exploitation abusive de la forêt (Grumes), manipulations génétiques (Longue Vie à Monsieur Moustache), et les 3 P « Pétrole, Plastique et Pollution » (Noir Destin pour Plastique blanc). Les plus grands auteurs, fantastiques ou non, ont participé à cette anthologie : Pierre Bordage, Christian Grenier, Jean-Paul Nozière, etc. Chacun a apporté son style : histoire plus ou moins concise, linéarité ou non, centrage sur un personnage ou ton plus général. Mais quelques constantes demeurent. D’abord, le principe de la nouvelle a été respectée : une fin brutale qui (re)éclaire tout la récit. Il ne s’agit pas de science-fiction, mais de fantastique : l’auteur s’appuie toujours sur des réalités de notre monde actuel pour imaginer un futur possible. Les jeunes sont à l’honneur, héros actifs ou personnages secondaires. Enfin, aucune de ces nouvelles n’est optimiste, ni n’a même un trait d’humour... Un très beau travail citoyen supervisé par Hubert Reeves, Président de la ligue ROC pour la défense de la biodiversité (http://www.roc.asso.fr). Sophie Pilaire - ricochet-jeunes.org


Et parce que ça fait longtemps que je voulais parler de lui, voici un petit extrait d'Hubert Reeves repris dans "Pour tant qu'il y aura des hommes" des Ogres de Barback.


"Je pense que l'humanité n'est pas nécessairement la favorite de la nature, que l'humanité peut très bien disparaître, que nous ne sommes pas une espèce sacrée, qu'il y a eu 10 millions d'espèces animales jusqu'ici dont 9 millions ont été éliminées, on n'est pas une espèce élue comme on l'a cru pendant longtemps, la nature peut très bien se passer de nous."

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12 mai 2008

une poignée d'argile

argileUne adolescente raconte sa vie en deux moments distincts : avant et après la disparition de son père. Avant, il y avait sous ses yeux une famille, semble-t-il, unie ; elle ne s’en souvient plus. Après, elle devient la « fille du pauvre Jean-Paul » durant 40 jours. On apprendra alors que ce père disparu est bel et bien vivant (un ami a retrouvé son adresse), mais refuse de revoir sa femme et sa fille. Entre enthousiasmes et accablements, la vie devient vite un huit-clos. Rancœur et désespoir à jamais résolus. Mais au lieu de les rapprocher, le chagrin sépare la mère et la fille. Elles prennent alors la décision de déménager dans une autre ville. L’adolescente est encore un peu plus isolée : pas d’amis, presque plus de communication avec sa mère, sombrant de plus en plus dans la dépression. Dans son nouveau lycée, un jardin dont l’accès est condamné, va lui servir de refuge. Grâce à l’aide d’un voisin fleuriste, elle découvrira le dessin et la sculpture et pourront partager cette passion commune. Un texte, au style haché, parfois cru, qui touche au plus près, entre confusion des sentiments et manque de communication. Un roman à vif, à ne pas manquer.


"Je ne pouvais jamais savoir quelle serait son humeur. De grêles de tendresse en giboulées de claques, ma mère était toujours d'un avril perturbant."


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31 décembre 2007

lietesratures.canalblog.com

Tout d'abord :

Bonnes fêtes pour ce soir
Passez tous un excellent réveillon !!!


Je me permets aujourd'hui de vous signaler la création de mon nouveau blog  :

ici



blog sur la littérature jeunesse avec principalement les oeuvres faisant partie de la liste de référence de l'éducation nationale de 2004 pour le cycle III (CE2 CM1 CM2)
J'y mets en général un résumé ou un commentaire pioché ici ou là.
Mon avis n'apparaît que grâce aux coeur présents sur chaque article, en voici la légende :


coeur Moyen Bof !
coeurcoeur Bien !!
coeurcoeurcoeur Très bien !!!
coeurcoeurcoeurcoeur Génial !!!!
coeurcoeurcoeurcoeurcoeur Coup de Coeur - Pur Chef d'Oeuvre !!!!!

J'espère vous y voir nombreux. Et n'hésitez pas à y laisser un message ;)


 

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03 décembre 2007

L'ombre du vent

l_ombre_du_ventL'Ombre du vent est un roman espagnol écrit par Carlos Ruiz Zafon.
Pour ses dix ans, le père de Daniel l'emmene visiter le cimetière des livres, un endroit connu seulement de quelques libraires. Daniel y rencontre un livre étrange et fabuleux : L'Ombre du vent de Julien Carax. Attiré par ce mystérieux auteur, Daniel se met à rechercher des renseignements sur son compte et découvre bien vite que quelqu'un s'evertu a faire disparaitre toutes traces de celui-ci.
Au fil du livre on suit les péripéties qui ponctuent les dix prochaines années de la vie de Daniel, et l'on découvre petit à petit quelques bribes du mystère. Bien évidemment ces recherches débouchent sur l'apparition de nouveaux personnages sortis tout droit d'un passé que l'on pouvait croire définitivement enfouit.
Et j'ai été accrochée de la première à la dernière ligne de ce livre, au ton mordant, qui nous emmene dans une Barcelone entre deux époques et plongée dans le brouillard.

"Je constate cela sans arrêt au lycée. Grand Dieu! Des singes, oui, voilà ce que j'ai dans mes cours. Darwin était un réveur je vous assure. Ni évolution, ni extinction. Pour un qui raisonne, je dois me taper neuf orangs-outangs."

"C'est vrai, la plaisanterie est un dangeureux vasodilatateur".

Je remonte les mot très justes de Tan a propos de ce roman qui m'a bouffé tout cru... Une oeuvre absolument grandiose et qui vient déjà de prendre une place dans le cercle de moins en moins fermé de mes livres indispensables... Une galerie de personnages absolument ébouriffante, cruels et coquins, secrets et roublards, haïssables et attachants, pas un sentiment humain même le plus insignifiant ne semble échapper à cette revue exhaustive des psychologies de notre race au service d'une intrigue absolument somptueuse qui vous chope bien profond aux tripes et ne vous les relâche qu'une fois la dernière page fermée, vous laissant dans l'âme cette même délicieuse petite sensation de bonheur titillante et persistante qui vous affecte la gorge quand le corps se traîne impotent et ramolli au terme de l'un de ces festins que la raison réprouve....


En d'autres termes, pour faire bref... Un Bijou... Un Vrai... Je ne pense pas avoir été aussi enthousiaste en refermant un livre depuis... Peut être depuis le Comte de Monte Cristo, il y a plus de dix ans...Et parceque ce livre regorge d'expressions et de bons mots que les uns et les autres se distribuent à chaque instant de semi-répit, c'est le gars Fermin, espion-clochard et bourlingueur, que je citerais à mon tour, pour l'une de ses innombrables expressions, aussi pleines de bon sens que colorées et imagées:

- Vous parlez d'[elle] comme si c'était un trophée
- Non. J'en parle comme d'une bénédiction, corrigea Fermin. Ecoutez, Daniel. Le destin attends toujours au coin de la rue. Comme un voyou, une pute ou un vendeur de loterie: ses trois incarnations favorites. Mais il ne vient pas vous démarcher à domicile, il faut aller à sa rencontre.



Posté par Tanwen à 23:20 - Lie tes ratures - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 novembre 2007

Nathaniel Hawthorne - La Lettre Ecarlate

Lettre_ABoston, Massachuchets, aux alentours de l'an 1645... Hester Prynne est exposé à la vindicte publique sur le pilori de la ville pour avoir commis le pêché suprême. Elle vient de donner naissance à un enfant, de père inconnu, alors que son mari est disparu depuis plusieurs années. Echappant à la prison ou à la mort, elle est condamnée à porter sur sa potirine un "A" de tissus rouge, "A" synonyme de honte, de débauche et d'Adultère.

Alors que les dignitaires de la ville, hommes de lois et hommes d'église, l'exhortent à livrer le nom de son amant, elle s'y refuse obstinément et ne reviendra jamais sur sa décision... Elle ne le dénoncera pas.... Dans la foule, Roger Chillingworth, le mari disparu, revenu le jour même après un séjour de plusieurs années dans une commuanuté indienne, ou il a appris à maitriser la médecine des plantes et des racines qui feront bientôt de lui le médecin reconnu du village.

Il se sert de ces connaissances pour approcher Hester et lui demander le nom du père de la petite Pearl mais elle refuse. Dès lors, Chillingworth décide de trouver lui même le coupable, par esprit de vengeance et pour qu'Hester ne soit pas la seule victime du châtiment terrible infligé par la communauté puritaine.

Tandis qu'Hester part s'installer dans une cabine au long du rivage, à la périphérie de la ville, Chillingworth s'assure la confiance du jeune Reverend Dimmensdale, un homme au coeur pur et à la foi quasi-angélique, qui enchante les fidèles de Boston par ses Sermons qu'ils croient d'inspiration divine.

Pourtant, chacun de nous a un secret, plaisant ou douloureux, gravé au plus profond de l'âme mais visible a celui qui regarde avec les yeux adéquats. Ainsi en est-il pour le Reverend... Et tandis qu'Hester, de sa bonté et ses talents de couturière qui ravissent les plus hauts prélats de la ville, ne peut se défaire du cercle de honte qui l'entoure à chaque seconde aux yeux de tous, Le Reverend, entre remords et maladie, poussé dans les contreforts de la folie par Chillingworth, reste celui que tous admirent, celui que chaque vierge de la paroisse rêve d'épouser, celui que chacun bénit pour sa quasi-sainteté...

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561Un magnifique pamphlet contre l'Amérique des colons et du puritanisme, inspiré d'un fait réel (L'histoire est écrite à partir d'un parchemin que Hawtorne avait trouvé alors qu'il travaillait dans un office de douanes du Massachuchets) et qui illustre bien l'aveuglement et l'hypocrisie de toute une communauté, entres règles intransigeantes et peur du démon.

Ainsi, on y bannit Hester pour avoir enfanté en l'absence d'un mari que chacun croyait mort depuis bien longtemps, mais l'on ne sait pas voir la douleur qui anihile chaque jour le jeune Révérend ou la folie qui peu à peu s'empare de Chillingworth, comme possédé par le démon à force d'esprit de vengeance. On fait de Pearl, belle petite fille, virevoltante et infatigable, la fille naturelle du démon, tandis que l'on éduque les jeunes enfants de son âge à la haine de la différence, indiens et sorcières en tête...

Descendant de puritains de souche, ayant participé aux horreurs des chasses aux sorcières, Hawthorne crie ici tout son dégoût et tous les travers de cette société américaine qui, si elle a évolué et s'est faite à la vie moderne, garde aujourd'hui encore les stigmates profonds de ces racines de surcroyance et d'aveuglement eucharistique...

Puisqu'en plus le style est agréable, ce qui n'est pas toujours le cas pour un roman du 19è siècle, il ne manque vraiment rien....

Un des monuments fondateurs de la Littérature américaine, qui se lit très rapidement et très facilement, et à ne rater sous aucun prétexte...

Posté par Green Fox à 22:05 - Lie tes ratures - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

30 octobre 2007

La conjuration des Imbéciles - John Kennedy Toole

La Conjuration des imbéciles (titre original : A Confederacy of Dunces) est un roman humoristique de John Kennedy Toole, non publié de son vivant. C'est précisément la déprime et l'épuisement provoqués par l'impossibilité de le faire publier et le rejet de presque tous les éditeurs américains qui poussent Toole à se suicider en 1969, à l'âge de 32 ans. Grâce aux efforts inlassables de la mère de Toole et de l’écrivain Walker Percy, à qui elle l'avait fait lire, le livre a été finalement publié en 1980 par la Louisiana State University Press.

Comme pour souligner l'ironie du titre, ceux-là même qui causèrent indirectement la mort de John Kennedy Toole lui décernent le prix Pulitzer en 1981. Le roman est aujourd'hui salué comme un des plus grands classiques de la littérature humoristique américaine, et comme un des romans importants de ce qu'on appelle la « littérature du Sud », c'est-à-dire la littérature portant sur les États du Sud des États-Unis ou écrits par des auteurs originaires de ceux-ci.

“Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on peut le reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui.”  - Johnathan Swift

(Source: Wikipedia)

JKT


Ignatus Reilly a trente ans, est diplômé de l'Université, vit à la Nouvelle Orléans chez sa mère, Irène, et n'a pas envie de travailler... Alors il s'enferme dans sa chambre et il écrit des pages et des pages de mémoires et de théories sur des tablettes de papier Big Chief...

Quand le brigadier Mancuso décide de l'arrêter pour le contrôler, il ne connait pas encore la réaction en chaîne qu'il va déclencher. Ignatius s'indigne d'être injustement traité de la sorte, un vieil homme s'emporte et traite l'agent de "Komuniss" pour finalement se faire emmener au poste à la place d'Ignatius, Irène, troublée, provoque un accident couteux qui ne laisse plus le choix... Malgré sa haine du monde extérieur et son voeu de revenir à une société monarchique médiévale, Ignatius va devoir se frotter aux réalités du monde moderne... Un travail chez Levy Pants.

Vont alors se croiser les destins d'une secrétaire grabataire qui rêve de retraite, d'un contremaitre blasé, d'un patron absent, de sa femme caractérielle et maîtresse-chanteuse, d'employés démotivés, d'un vagabond devenu videur de bar, d'une serveuse et de son perroquet, de leur patronne cruelle et colérique, du brigadier inefficace et de son sergent sadique, d'une communauté gay comme dans les livres, de vendeurs de hot-dogsCONJIMB et de quelques petits vieux à l'esprit limité...

Et tout ce petit monde se croise, s'entrechoque, se rencontrer et s'utilise sans même s'en rendre compte pour nous brosser un portrait aussi coloré que biscornu d'un New Orleans ou s'entrechoquent les cllivages communautaires, la menace omniprésente de la police à chaque acte effectué, la chasse au sorcière McCarthyiste, les petites magouilles et la crise économique...

Et puis il y a Ignatius, se trainant comme une énorme (au sens propre) loque au milieu de ce tableau de caricatures tellement réalistes, échaffudant les théories d'un monde meilleur, considérant la "Consolation de la Philosophie" de Boèce comme le guide suprême vers un monde meilleur, se référant à la "Roue de la Fortune" qui tourne dans la direction vers la quelle elle décide de guider le monde... Et refusant le moindre contact avec autrui, sa "valve" ne supporterait pas un tel choc et il mourrait probablement d'étouffement...

Au loin, Myrna, elle vit à New York et est persuadé que le sexe est une/la seule thérapie contre le mal qui ronge ce monde... Elle tente d'en convaincre Ignatius dans un échange de lettres aussi enflammées qu'acerbes et piquantes, dans une sorte de frénésie sentimentale qui n'est pas vraiment amour, pas vraiment haine, bien plus que toutes ces choses purement matérielles...


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duncesukUn bijou! On l'entame peut être plus parcequ'on en a entendu beaucoup parler que pour son quatrième de couverture... Peut être un peu pour le titre qui attire l'attention... Mais on ne peut plus s'en décoller... On s'attache à certains personnages, on est souvent embarassés par les situations dans lesquelles se fourre ce pauvre Ignatius, on déteste graduellement certains autres personnages au point de souhaiter le pire des sorts pour eux... Et a la fin du compte, on entre complètement dans le livre a tel point que l'on serait presque prêt à adresser la parole ci à Jones, là à Mrs Levy, pour leur donner notre vision de la situation ou leur rabattre le caquet... Nous sommes plongés dans un quartier de la Nouvelle Orléans au coeur des années cinquante et rien ne laisse à penser que tout cela n'est que fiction, ne se passe pas maintenant...

Les personnages apparaissent petit à petit au fil de l'histoire et il semble que leur ordre et leur instant d'arrivée soit calculé selon les règles d'or de la perfection... Tout se déroule comme dans un rêve de roman et la fin n'est qu'un désopilant point d'orgue à 350 pages de pur bonheur... Je m'étais rarement autant marré tout seul en lisant un livre...

Et surtout, last but not least, Chacun des personnages, par ses traits de caractères, ses situations et ses réactions, vous rappellera forcément quelqu'un que vous avez pu croiser au fil de votre existence. De Miss Annie à Dorian Green, chacun d'entre eux est un modèle psychologique à part entière,  et finalement, la caricature n'est pas poussée si loin que ça...

Posté par Green Fox à 22:45 - Lie tes ratures - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

13 septembre 2007

L'élégance du hérisson

h_risson

"Je m'appelle Renée, j'ai cinquante-quatre ans et je suis la concierge du 7 rue de Grenelle, un immeuble bourgeois. Je suis veuve, petite, laide, grassouillette, j'ai des oignons aux pieds et, à en croire certains matins auto-incommodants, une haleine de mammouth. Mais surtout, je suis si conforme à l'image que l'on se fait des concierges qu'il ne viendrait à l'idée de personne que je suis plus lettrée que tous ces riches suffisants."

" Je m'appelle Paloma, j'ai douze ans, j'habite au 7 rue de Grenelle dans un appartement de riches. Mais depuis très longtemps, je sais que la destination finale, c'est le bocal à poissons, la vacuité et l'ineptie de l'existence adulte. Comment est-ce que je le sais ? Il se trouve que je suis très intelligente. Exceptionnellement intelligente, même. C'est pour ça que j'ai pris ma décision : à la fin de cette année scolaire, le jour de mes treize ans, je me suiciderai. "

Je suis toujours très ennuyée quand je dois présenter un livre, car la façon traditionnelle de le faire, en général, c'est de parler de l'histoire. En fait, même si je vais en dire quelques mots, il me semble qu'elle est assez largement anecdotique, parce que, au travers des personnages et de la narration, ce qui m'importe, c'est de parler de ce que j'aime. Quant à l'histoire, il ne se passe pas énormément de choses. Il y a deux héroïnes : une petite fille précoce et une concierge qui cache bien son jeu, parce qu'elle essaie d'avoir l'air concierge et qu'elle est, en fait, très lettrée, très érudite et très fine. Ce sont deux solitudes qui, au fur et à mesure que certains événements vont se produire dans l'immeuble où elles habitent, vont peu à peu sortir de la solitude, se transformer, se métamorphoser, renaître. Il va leur arriver tout un tas de transformations intérieures. Une fois que j'ai dit cela, cela me paraît un peu superficiel. En fait, quand j'écris, je ne le fais pas pour raconter une histoire, même si, au fil de la plume, elle se raconte. Je le fais d'une part, pour le plaisir des mots et du style ; j'aime beaucoup éprouver cela en écrivant des textes et en éprouvant, à chaque fois, le plaisir sans mélange de dire, d'une manière que j'espère la plus adéquate et la plus pure possible, ce que je ressens. D'autre part, l'histoire et l'écriture sont des moyens pour moi d'évoquer les choses qui me tiennent à coeur et les choses que j'aime. J'avais entendu le cinéaste, Jeunet, à propos du "Fabuleux destin d'Amélie Poulain", expliquer que, pendant des années, il avait noté dans un petit carnet tout ce qui lui tenait à coeur et tout ce qu'il aimait avec l'idée qu'un jour, il recaserait ça dans un film. Et ça a donné Amélie Poulain. Ce roman, c'est un peu la même chose, c'est-à-dire que j'ai pris énormément de plaisir, au travers des voix des deux héroïnes, à transcrire mon amour pour les plaisirs du quotidien, pour l'art, pour le Japon, pour certains êtres, pour la rencontre entre ces êtres, pour certaines émotions esthétiques. Il me semble que c'est à cela que j'ai pris le plus de plaisir et que c'est ce qui me tenait le plus à coeur. Je vous souhaite une bonne lecture. En tout cas, je l'espère. Au revoir et à bientôt.

Muriel Barbery (dans sa dédicace du livre)

Discrètement paru il y a huit mois, au sein de la gigantesque marée romanesque d’automne, L’Elégance du hérisson, de Muriel Barbery, n’en finit pas de séduire les lecteurs. Très soutenu par les libraires, voici désormais plus de trente semaines que ce roman affiche présent dans les classements des meilleures ventes, toujours plus haut placé (dans le tiercé de tête désormais), à ce jour réimprimé trente et une fois par son éditeur, soit au total quelque 200 000 exemplaires. Le phénomène n’est évidemment pas sans rappeler le succès surprise du premier livre d’Anna Gavalda, le recueil de nouvelles Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part (éd. Le Dilettante), il y a huit ans. A ceci près que Muriel Barbery (38 ans) manifeste davantage de qualités d’écriture et un penchant heureusement moindre pour les bons sentiments. L’Elégance du hérisson met en scène, dans un immeuble parisien, deux personnages dont les solitudes vont au fil des pages se rencontrer : Renée, une gardienne d’immeuble très philosophe, et Paloma, une adolescente surdouée et précocement désenchantée. Très écrit (peut-être même un peu trop…), généreux mais jamais mièvre, L’Elégance du hérisson a de plaisants accents de fable humaniste – et un titre franchement irrésistible.

télérama.fr

Elle dit également qu'elle écrit de manière désordonnée - alors que dans son livre, c'est justement cette structure de narration alternée et très travaillée que l'on remarque, de même que l'architecture savamment étudiée d'une galerie de personnages animée par trois acteurs forts et psychologiquement bien pensés : la concierge, l'adolescente riche et surdouée qui veut se suicider, et le nouveau locataire japonais, riche également, veuf, et amateur d'art - il y a de belles envolées sur l'art et la culture dans cet ouvrage. Renée, n'est pas ce que l'on peut appeler une héroïne, et elle n'est même pas sympathique - au début tout au moins. Cette concierge de 54 ans, qui officie depuis près de trente années au 7, rue de Grenelle, est une veuve, «rarement aimable», «une haleine de mammouth», «petite, laide, grassouillette», «des oignons aux pieds», qui manie l'ironie avec générosité. Personne n'échappe à ses sarcasmes. En fait, derrière la concierge se cache une férue de philosophie. Les apparences sont trompeuses : c'est l'un des messages simples de ce récit, écrit dans un style vraiment piquant, drôle, léger et érudit. Un roman qui pourrait entrer dans le registre des contes, sans leur côté puéril, avec une dose d'insolence même. Bien sûr, il est difficile d'expliquer les raisons d'un succès qui a été, avant tout, porté par le formidable travail des libraires - Muriel Barbery a d'ailleurs décroché le prix des libraires. Mais on peut dire que c'est un livre bien. De L'Élégance du hérisson, son auteur souligne qu'elle s'est fait plaisir en l'écrivant. Un plaisir largement partagé.

Le Figaro

Bien écrit, philosophique, intelligent, ce livre m'a aussi bien rire que pleurer. Il ne s'y passe peut-être pas grand chose, mais on s'attache rapidement aux personnages, surtout à Renée cette concierge très lettrée qui a drôlement bien caché son jeu aux riches résidents de son immeuble mais qui se fait démasqué petit à petit par certains d'entre eux. J'ai beaucoup aimé.

-Violin89-

herisson2

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16 juillet 2007

Emile Nelligan

Aubade rouge


L'aube éclabousse les monts de sang
Tout drapés de fine brume,

Et l'on entend meugler frémissant
Un boeuf au naseau qui fume.

Voici l'heure de la boucherie.
Le tenant par son licol,

Les gars pour la prochaine tuerie
Ont mis le mouchoir au col.

La hache s'abat avec tel han,
Qu'ils pausent contre habitude.

Procumbit bos. Tel un éléphant
Croule en une solitude.

Le sang gicle. Il laboure des cornes
Le sol teint rouge hideux.

Et Phébus chante aux beuglements mornes
Du boeuf qu'on rupture à deux.


                                                        Emile Nelligan, Motifs poétiques
             

Posté par Tanwen à 19:32 - Lie tes ratures - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25 juin 2007

Les Envoutés de Gombrowicz

les_envout_s

Quatrième de couverture :

Paru en feuilleton simultanément dans deux quotidiens polonais durant l'été 1939, ce roman fut interrompu par la guerre. Les trois derniers chapites, qu'on avait crus définitivement perdus, ont été retrouvés en 1986 et confèrent au roman un étonnant dénoument. "Dans
Les envoutés, le génie de Gombrowicz bouleverse les données tradiotionnelles du roman noir. Il explore ici sa propre légende et révèle son originalité : dédoublement, amour-haine, répulsion, possession et culpabilité." (Paul Kalinine)

Mon avis
:

Walzac, un jeune tennisman plein de talent, débarque dans la campagne polonaise chez une aristocrate ruinée pour donner des cours de tennis à sa fille Maya. Les habitants de la pension se rendent bien vite compte qu'il existe une étrange ressemblance entre la jeune fille et Walzac, donnant lieu à de nombreuses interrogations et une certaine méfiance envers le jeune homme. Parallèlement on découvre l'existence du château voisin dans lequel seraient dissimulées des oeuvres d'art qui intéressent de nombreuses personnes.
On pourrait croire que l'on a affaire à un banal roman d'épouvante. Tous les élements y sont! Un vieux château sinistre noyé dans la brume, des personnages possédés et des intérets financiers.

Néanmoins Witold Gombrowicz nous tient en halaine avec un réel talent et l'intrigue est extremement complexe.

Lorsque Walzac et Maya se retrouvent face à face ils sont en proie à mélange de dégout, de fascination et de peur hystérique qui nous glissent des frissons dans le dos et nous interpellent sur cet étrange phénomène de miroir humain.

Par ailleurs, les scènes dans le château m'ont donné des sueurs froides. En particulier celles qui évoquent le fremissement de la serviette dans un coin de la vieille cuisine. J'étais réellement glacée de terreur.

J'ai cependant été déçue par le dernier chapitre qui éclaire les phénomènes de manière un peu trop rationnelle. Ce qui paradoxalement rend les explications peu crédibles.

Posté par Tanwen à 19:43 - Lie tes ratures - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 juin 2007

Hermione

Je me replonge dans Racine avec Andromaque et le superbe monologue d'Hermione
(Vio en avait parlé sur son ancien blog, d'ailleurs je lui pique même son image). Je peux toujours vous faire une rapide bio sur Racine, mais si violin décide enfin de s'y mettre...


Hermione


Acte V, scène 1

HERMIONE.
Où suis-je ? Qu'ai-je fait ? Que dois-je faire encore ?
Quel transport me saisit ? Quel chagrin me dévore ?
Errante, et sans dessein, je cours dans ce palais.
Ah ! Ne puis-je savoir si j'aime ou si je hais ?
Le cruel ! De quel oeil il m'a congédiée !
Sans pitié, sans douleur au moins étudiée.
L'ai-je vu se troubler et me plaindre un moment ?
En ai-je pu tirer un seul gémissement ?
Muet à mes soupirs, tranquille à mes alarmes,
Semblait-il seulement qu'il eût part à mes larmes ?
Et je le plains encore ! Et, pour comble d'ennui,
Mon coeur, mon lâche coeur s'intéresse pour lui
Je tremble au seul penser du coup qui le menace,
Et, prête à me venger, je lui fais déjà grâce.
Non, ne révoquons point l'arrêt de mon courroux :
Qu'il périsse ! Aussi bien il ne vit plus pour nous.
Le perfide triomphe et se rit de ma rage
Il pense voir en pleurs dissiper cet orage ;
Il croit que, toujours faible et d'un coeur incertain,
Je parerai d'un bras les coups de l'autre main.
Il juge encor de moi par mes bontés passées.
Mais plutôt le perfide a bien d'autres pensées.
Triomphant dans le temple, il ne s'informe pas
Si l'on souhaite ailleurs sa vie ou son trépas.
Il me laisse, l'ingrat ! Cet embarras funeste.
Non, non, encore un coup : laissons agir Oreste.
Qu'il meure, puisqu'enfin il a dû le prévoir,
Et puisqu'il m'a forcée enfin à le vouloir.
A le vouloir ? Hé quoi ! C'est donc moi qui l'ordonne ?
Sa mort sera l'effet de l'amour d'Hermione ?
Ce prince, dont mon coeur se faisait autrefois
Avec tant de plaisir redire les exploits,
A qui même en secret je m'étais destinée
Avant qu'on eût conclu ce fatal hyménée,
Je n'ai donc traversé tant de mers, tant d'États,
Que pour venir si loin préparer son trépas,
L'assassiner, le perdre ? Ah ! Devant qu'il expire...

Posté par Tanwen à 18:51 - Lie tes ratures - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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